2009-2013: 4 ans de construction de la RueDuWeb

Cela fait déjà 4 ans que ce collectif existe, et pourtant ce n’est que maintenant que je prends le temps de documenter la construction de ce collectif. Un besoin de jeter un oeil dans le rétroviseur pour pouvoir mieux me projeter en avant?

Des débuts en douceur, à Court-Saint-Etienne

Un collectif commence à deux

Tout a démarré en juin 2009 quand Vincent Vandoorne, de l’agence web Akimedia, m’a téléphoné pour m’annoncer qu’ils avaient trouvé une superbe opportunité de bureaux à Court-Saint-Etienne. A l’époque, nous étions 7 chez Journaliste Web SPRL (anciennement Journaliste-web.be), et l’espace de notre petit bureau sous les toits se faisait rare. Nous étions sur le point de déménager à l’étage d’au-dessus, dans un espace un peu plus grand et totalement refait, mais avec un bailleur plus que désagréable.

Après quelques réflexions et la visite (enthousiasmante) des lieux, nous nous sommes libérés de nos obligations et avons rejoint, fin octobre 2009, Akimedia dans un des bureaux de l’immense hangar Henricot, complètement rénové, à Court-Saint-Etienne.

Notre investisseur de l’époque, Start & Invest SPRL y déménage ponctuellement, avant de partir dans son propre espace en fin 2009.

La création de la RueDuWeb

A peu près à la même époque, Vincent s’est investi dans le lancement du Café Numérique, une rencontre hebdomadaire bruxelloise articulée entre vulgarisation des thématiques numériques au sens large (web, électronique, démocratie, médecine, journalisme, etc.), et networking. Les cofondateurs qui travaillent avec lui sont Mateusz Kukulka, Zoltan Janosi et Edouard Seynaeve.

Très tôt, les histoires de ces deux entités sont donc intimement liées.

Grâce aux Cafés Numériques et à l’émergence de Twitter, une véritable communauté numérique se cristallise à Bruxelles. Vincent rencontre Pascal Alberty (@zorrobiwan), de son côté visible grâce à son blog Belgo-IT. Pascal est aussi gérant d’un société de développement java: Tesial.

Tesial prévoit de grandir en janvier 2010, avec l’arrivée de deux stagiaires en vue d’engagement. Sur la proposition de Vincent, ils veulent venir s’installer à Court-Saint-Etienne.
Enthousiaste et marketeer avisé, Vincent lance en novembre 2009 l’organisation d’une fête d’inauguration… qu’il fera en grand! Avec champagne et sushis, boules à facettes, spots colorés et sono, tous furent épatés d’une telle organisation.

Gestionnaires prudents, Tesial demande à partager les frais d’un local. Cette demande rencontre bientôt celle d’Edouard Seynaeve du Café Numérique, qui travaille à la création de sa SPRL de sites web e-commerce, Wepika, en association avec Christophe Gillard. Les deux sociétés s’installent bientôt dans un nouveau bureau de Court-Saint-Etienne.

Vincent nous propose alors de baptiser le collectif ainsi formé, pour nous permettre de mutualiser la promotion de nos compétences. Lors d’un midi créatif, c’est ainsi qu’est née la dénomination RueDuWeb.

Akimedia s’attèle à la création de son site web. J’en rédige les textes de présentation du collectif et des différentes entités. Les informations sont rapidement en ligne, et les comptes des réseaux sociaux créés.

La vie à la RueDuWeb

La vie est sympathique à la RueDuWeb. On partage les midis chez les uns et chez les autres, Vincent, pétri de son passé de chef scout, lance les Akibars du vendredi: une façon agréable de terminer la semaine autour d’une bière.

Les sociétés se coordonnent pour gérer la cuisine, pour descendre les poubelles (un début de structuration du collectif, déjà). Quelques dons de matériels et de compétences marquent les volontés de fraternité des différentes sociétés.

Et puis on s’organise une première fête, entre nous, avec conjoints, enfants, et quelques copains du secteur. En septembre 2010, la deuxième fête sera un barbecue, une organisation un peu plus grande, avec quelques invités en plus. Et puis on fête Noël ensemble, au restaurant. Les liens sont forts entre tous ces « pas-vraiment-collègues ».

Les stagiaires passent, les employés aussi un peu, on fait la fête des arrivées, on est un peu gênés des départs. Mais c’est ça aussi, la vie d’entreprise.

Reconnaissance et croissance de la RueDuWeb

En mars 2011, un premier signe de reconnaissance vient du monde académique: Catherine Genaux, professeure et coordinatrice du baccalauréat en écriture multimédia à l’IPSMA à Charleroi, me contacte en me demandant une visite guidées des sociétés de la RueDuWeb. Honorés, nous mettons les petits plats dans les grands pour accueillir au mieux de nos moyens ces étudiants… qui ne se rendront pas forcément compte de notre effort pour les accueillir. Peu importe, le collectif s’est présenté officiellement pour la première fois grâce à un public qui n’est pas en ligne.

Avant ou après cet événement, je ne me souviens plus, nous nous sommes réunis un soir jusqu’à (très) tard chez moi, entre « gérants », pour discuter de l’avenir, et pour dessiner notre RueDuWeb idéale. Il y était question d’un bar dans un grand espace ouvert central, de nombreuses salles de réunion et de grandes pièces modulables périphériques pour le travail de production.
J’ai toujours les plans de cette RueDuWeb idéalisée, l’Histoire nous dira si elle se réalisera un jour.

Les vacances d’été 2011 passent, et mes neurones, toujours en activité, réfléchissent à comment répondre à nos besoins de salles de réunion. Car pour l’instant, nous occupons 3 bureaux, chacun avec nos tables de travail, notre espace café et notre espace réunion. Dès qu’une réunion ou un appel téléphonique a lieu, ceux qui produisent sont gênés par le bruit des discussions. Nous disposons certes d’un long couloir pour s’isoler pour les appels, mais cela ne résout évidemment pas la problématique pour les réunions, pourtant essentielles.

J’en parle avec ma famille, avec qui je passe mes vacances. Et la réponse de la mutualisation des espaces s’impose: en regroupant plusieurs sociétés dans un même bureau,  nous pourrons libérer une à plusieurs salles pour les réunions! Ma soeur, costumière et scénographe pour le théâtre, me propose même de construire des paravents de feutre pour isoler plusieurs espaces de réunion dans une même salle.

De retour fin août, l’idée fait la quasi unanimité: Tesial (4 personnes) et Wepika (3 personnes + 1 stagiaire tourant) rejoindront Journaliste Web (4 personnes sur site, rebaptisée CommunicationWeb.be), ce qui libérera une salle, devenue commune. (L’option des paravents ne sera pas retenue.)
De son côté, Akimedia a grandi (6 personnes), et préfère conserver son espace pour garantir la cohésion de son équipe.

Cette divergence de visions subsiste encore aujourd’hui. Elle trouve écho dans la croissance rapide des startups. Il se pourrait que la compatibilité des deux visions s’affirme avec les possibilités de croissance qui sont envisagées actuellement… Aventure à suivre 😉

Parallèlement à ces évolutions, Edouard et Christophe sont à la tête de Wepika, une toute jeune agence web dont il est nécessaire de promouvoir largement les compétences pour passer le cap des 3 ans. Edouard reste impliqué dans le Café Numérique à Bruxelles. Christophe est liégeois… et s’associe avec d’autres camarades locaux pour lancer le Café Numérique à Liège.
Parmi ces camarades, on retrouve Jérémy Corman, un jeune marketeer extrêmement dynamique, qui a commencé à travailler pour Auctelia, une startup ardennaise cherchant à se rapprocher de Bruxelles. En septembre 2011, l’équipe de 5 personnes d’Auctelia rejoint donc la RueDuWeb.

Depuis les débuts du Café Numérique, Akimedia et Tesial ont commencé à travailler à afficher les tweets de la soirée, ce qui permettait une grande interactivité entre les participants dans la salle entre eux, et avec les intervenants. Vincent (toujours lui!) aime faire les choses en beau et en grand. Les techniques et les habillages se sont petit à petit améliorées, ont permis de vendre une prestation à la RTBF pour afficher les tweets lors d’une soirée d’élections. Le produit qui en a résulté, TweetWall Pro, recevait de plus en plus de demandes, mais avait un peu de mal à trouver sa voie commerciale. C’est la rencontre avec Philippe Szombat, un commercial hard-selling, qui a permis à TweetWall Pro de faire s’envoler les ventes. En janvier 2012, Akimedia et Tesial ont donc eu le plaisir d’annoncer la naissance de Tezaki SPRL, la société de commercialisation de TweetWall Pro… et de bien d’autres produits plein de succès, c’est le meilleur que je puisse leur souhaiter!
Tezaki a donc pu engager, et occuper une nouvelle salle. Les sociétés de la RueDuWeb contribuent à l’essor de la jeune société en lui mettant à disposition leurs matériels excédentaires. L’effet famille se renforce.

La société Kodesk (4 personnes), startup sur fonds propres, nous a aussi fait le plaisir de nous rejoindre pendant près d’un an. Malgré son concept extrêmement innovant, son manque de financement a obligé ses associés à continuer le projet sous une autre forme, plus rentable, ailleurs.

De Court-Saint-Etienne à l’Axis Parc

Fin 2012, c’était la fin des 3 ans de nos baux initiaux. Nous avons donc réfléchi à déménager. Déménager pourquoi? Où ça? A des conditions finançables?

Nous avons cherché de longs mois, évalué sérieusement plusieurs pistes de lieux, envisagé différents types de croissance.

Et puis, par la voix de Christophe Ledur d’Auctelia, est revenue sur le tapis la piste de l’Axis Parc. Nous l’avions écartée lors de la soirée de réflexion chez moi: nous n’étions alors pas assez nombreux, le risque financier aurait alors été trop important.
Depuis nous avions évolué. Nous représentions alors 6 sociétés dont 2 en croissance, 28 personnes en tout. Nos fêtes étaient de plus en plus grandes et prisées, notre image apparemment de plus en plus attractive, les évocations de plusieurs nouvelles sociétés de nous rejoindre de plus en plus concrètes.

Nous connaissions les coûts de fonctionnement du collectif, grâce à l’expérience de notre première mutualisation d’espace. Jean-Marc Peterkenne s’est occupé des projections budgétaires: à l’Axis Parc, nous devions atteindre 50 postes de travail payants pour nous garantir un loyer similaire à celui de Court-Saint-Etienne.

Forts de l’expérience accumulée lors de la négociation des différentes pistes, nous avons décidé de sauter le pas. Pendant les négociations, le bailleur de Court-Saint-Etienne a refusé de rallonger nos baux de 4 mois, jusqu’à la mise à disposition des locaux convoités à l’Axis Parc. Nous apprenons la nouvelle le 30 novembre à 11h: le 31 novembre à 18h, nous devons avoir vidé les lieux. Panique à bord.

Tout s’enchaîne très vite. Nous pouvons heureusement compter sur David Boulanger, qui nous rejoindra 4 mois plus tard avec sa société elearning NOW.be, pour mettre à disposition du collectif les techniques d’organisation, acquise lors d’un stage auprès d’une société de déménagement québecoise (nous aussi avons été très surpris :D).
Nous déménageons 4 sociétés en une journée: 3 seront hébergées temporairement au Nest’up, l’accélérateur de startups, à l’Axis Parc, les 3 autres pourront bénéficier le temps qu’il faudra des baux d’Auctelia et de Kodesk.

L’urgence est gérée. La négociation de bail signée. La préparation de la RueDuWeb 2.0 peut commencer.

Le grand pari: grandir de 28 à 50 personnes

Le grand ramdam est lancé pour attirer auprès de nous ces nouveaux voisins, avec la promesse d’un lieu agréable et cool, d’un loyer modéré et d’un bureau bien situé.
Nous oublions un peu que c’est l’investissement de chaque entité qui permet le bon fonctionnement du collectif… Ca nous retombera sur la figure un peu plus tard.

Nous organisons des séances d’information pour les sociétés et les indépendants intéressés. Les sociétés restées à Court-Saint-Etienne font de multiples  aller-retour jusqu’au Nest’up. Je sens le lien du quotidien s’effilocher, et je n’aime pas ça.

Le quota se remplit petit à petit, jusqu’à 47 personnes quelques semaines avant l’emménagement. Nous sommes soulagés: le pari financier est relevé.

Emménager… et intégrer 19 nouvelles personnes

Nous avons pris notre temps pour construire à Court-Saint-Etienne un collectif d’entreprises web sympathique. Intégrer plusieurs nouvelles sociétés en un seul coup me paraît une étape délicate.
A Court-Saint-Etienne, j’avais pris l’initiative de créer un « parcours d’intégration » ludique, pour tenter d’intégrer plus facilement et rapidement au groupe les nouveaux venus, qu’ils soient stagiaires ou employés. Les autres gérants n’avaient pas vraiment suivi l’initiative, je m’inquiétais que cette croissance subite ne fasse ressembler la nouvelle RueDuWeb à n’importe quel centre d’affaire froid et sans personnalité.

En bons analystes, mes collègues gérants avaient commencé à préparer l’emménagement en créant un inventaire des besoins et des ressources de chaque équipe. J’ai alors proposé de créer un groupe de travail emménagement composé d’employés des différentes sociétés: ça déchargerait l’agenda des gérants, qui géraient ce déménagement en plus de leurs autres tâches, et ça permettrait aux employés de s’impliquer et de déjà se connaître, avant l’emménagement.
L’idée fut bien accueillie, et immédiatement mise en place sous la supervision de Jean-Philippe Jénicot d’Akimedia, et de moi-même.

Le 14 février, à la Saint-Valentin, rien n’arrive par hasard, les sociétés co-fondatrices que sont Akimedia, Orchestraaa (l’évolution de CommunicationWeb.be), Tesial, Tezaki et Wepika se marient pour créer la SCRL RueDuWeb.

Début mars 2013, l’emménagement se déroule extrêmement bien. Toutes les sociétés sont ravies. Rejoignent les cofondateurs: Catcheur (Hugues, graphiste indépendant), NOW.be (elearning, serious gaming, théâtre d’entreprise), la startup Selinko (fidélisation marketing via des puces NFC anti-contrefaçon), et bien sûr Auctelia.

Deux semaines plus tard, Orchestraaa (l’évolution de CommunicationWeb.be) y organise son premier événement, avec petits fours, Fred Colantonio et Laurence Vanhee. La salle est pleine, on y vient tant pour Orchestraaa que pour être parmi les premiers à visiter la nouvelle RueDuWeb.

Fin mai-début juin, Virginie, la décoratrice dont j’avais vu le beau travail chez Azimut, est venue aider le groupe aménagement pour optimiser l’organisation des espaces et des ressources. Jean-Philippe, Vincent, Jean-Marc, Pascal et Tanguy Pay y ont passé la nuit, et je dois dire que l’aménagement des bureaux de la RueDuWeb 2.0 est une vraie réussite.

Les effets de la RueDuWeb 2.0

Depuis que nous sommes installés à l’Axis Parc, les clients demandent à organiser les réunions chez nous, plutôt que chez eux. On nous cite et nous affiche dans les journaux,  on nous qualifie dans les discours comme une réussite wallonne. Les copains web entrepreneurs nous demandent d’organiser des événements chez nous.
L’endroit est « cool », reconnu, envié. On nous demande de venir nous rendre visite « pour voir ».

Des cofondateurs des Cafés Numériques Liège et Bruxelles se sont constitués en société, hébergée à la RueDuWeb, pour fédérer les subsides et les annonceurs, et développer le réseau dans de nouvelles villes (et j’ai co-lancé l’édition waterlootoise en septembre 2013).

Le Nest’up nous a poussés dans le dos pour organiser avec lui les événements Startup Heroes, dont nous réalisons cette semaine la troisième édition.

En avril, une nouvelle classe de l’IPSMA est venue nous rendre visite.

En mai 2013, invitée par Azimut, je suis intervenue avec le québecois Yves Otis, responsable de la coopérative de coworkers  « Ecto »  (Montréal, Québec) sur « Comment booster la croissance de vos activités par une approche collaborative ?».

Jusqu’ici, tout va bien

Les emménagements se sont bien passés, l’environnement de travail est agréable (malgré de petits réglages à optimiser de temps en temps).  Les équipes se fédèrent principalement autour des parties de football sur la Xbox le midi après manger.

Après l’emménagement, et munie des conseils de Gautier de Pierpont de NOW.be, j’ai organisé une soirée de consolidation d’équipe, autour d’un jeu de team building.
En octobre, j’ai profité de l’occasion de promotion d’une nouvelle boutique e-commerce belge pour organiser une soirée interne de dégustation de bières, qui s’est terminée par un match des Diables Rouges (décidément le football devient important ici!).

Outre les Startup Heroes, nous avons organisé une soirée notre première fête « ouverte » en octobre, à laquelle une belle brochette de 80 personnes était inscrite. Ce qui est autant que lorsque nous étions à Court-Saint-Etienne… Je me demande s’il n’y a pas là un signe d’épuisement de notre réseau immédiat.

Un bench est responsable chaque semaine de la propreté quotidienne des locaux. Cette responsabilité est symbolisée par un magnifique totem en bois déniché par Jean-Philippe.

Nous sommes en novembre 2013, et nous sommes 52. Nous sommes donc en léger bonus financier, et il nous reste encore 2×3 places libres. Tout-va-bien.

Et ensuite?

Notre bail de sous-location se termine fin 2014. Qu’allons-nous en faire ?

Si nous grandissons, il faudra à nouveau prendre des risques, plus importants, et imposer à nos sociétés pas forcément toutes très costaudes un danger financier.
Pour cela, j’ai lancé un groupe de travail des commerciaux, pour échanger les meilleures pratiques et permettre aux sociétés les moins avancées de se renforcer. J’en ai profité pour inviter des amis multi-startupers stars pour tenter de planter des graines d’idées de meilleure valorisation des sociétés. Nous allons voir ce que ça donne.
Nous avons aussi lancé avec Gaetan Dhont, du Café Numérique Central, des tentatives d’amélioration de la rentabilité des sociétés ; c’est un travail de maturation, qui se révélera je l’espère courant 2014.
J’aimerais aussi que les sociétés de la RueDuWeb arrivent à exploiter mieux commercialement l’attractivité et la visibilité du collectif. Mais pour l’instant, ça bloque, il reste du chemin à parcourir avant que les cohérences des différents courants ne se décantent 😉

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